amis

 LE SANG

 

INTRODUCTION

Le sang est un véritable tissu liquide contenu dans les espaces vasculaires. Il comprend une phase liquide, le plasma et des cellules ou fragments de cellules en suspension dans la phase liquide, les éléments figurés.
Les fonctions du sang sont le transport, l’homéostase et la défense de l’organisme:

a)Transport de l’oxygène et des substances nutritives vers les cellules et des produits de dégradation du métabolisme cellulaire vers les émonctoires, des hormones produites par les glandes endocrines vers les cellules cibles;

b)Homéostase: maintien de la composition du milieu intérieur en particulier les liquides interstitiel et intracellulaire, maintien de la température corporelle.

c)Défense de l’organisme: contre les infections et agressions grâce aux anticorps et aux globules blancs, contre la perte anguine elle-même grâce au système de la coagulation.

1. Volume sanguin

La quantité de sang total ne varie que dans les limites relativement étroites. Chez l’homme, il représente environ 7 à 8% du poids corporel. Un homme de 70 Kg possède environ 5 litres de sang.
On appelle hématocrite le pourcentage en volume occupé dans le sang par les globules rouges. Il est de 40 à 45%. Comme le volume sanguin varie d’un individu à l’autre selon sa constitution somatique. Par exemple, un obèse possède moins de sang par rapport au poids corporel qu’un sujet maigre. Si l’on a besoin de données précises, on peut pratiquer des mesures en recourant à des méthodes basées sur la dilution d’un traceur dans le volume sanguin ou plasmatique. Le traceur doit être non toxique, se répartir dans tout le système vasculaire et ne le quitter trop rapidement.
Dans ces conditions, la quantité de traceur injectée( V x C ) est égale à la quantité de traceur qui circule dans le système vasculaire après l’injection (V x C)

Q = V0 x C0 = V x C

Q = quantité de traceur
V0 = volume de la solution de traceur injectée
C0 = concentration du traceur dans la solution d’injection
V = volume circulant
C = concentration du traceur dans le volume circulant

On en déduit facilement que le volume circulant est égal à :

V0 x C0
V = ________ (2)
C

Certains colorants, tels le bleu Evans ou le bleu de Coomassie et certaines protéines comme l’albumine humaine marquée par un isotope radioactif de l’iode ( 131I ou 125I ), se répartissent dans le volume plasmatique, mais ne pénètrent pas dans les cellules sanguines. Ces substances servent donc à mesurer le volume plasmatique (Vp). Le volume sanguin total (Vs) s’obtient en tenant compte du pourcentage occupé par le volume globulaire (= hématocrite Hc)

Vp
Vs = ______ (3)
1 - Hc

On peut aussi mesurer directement le volume sanguin total par la formule (2) en injectant des globules rouges du groupe O Rh - marqués au 32P ou au 51Cr.

Exemple:

Injection de 10 ml d’une solution de bleu Evans à 0,3%.
Au bout de 7 à 10 minutes, on prélève un échantillon de sang veineux et on y mesure la concentration plasmatique du colorant, soit 0,001%.

Le volume plasmatique est :

10 x 0,003
Vp = _________ = 3.000 ml
0,00001

Après avoir mesuré l’hématocrite, soit 0,45, on obtient le volume sanguin total:

3000
Vs = ___________ = 5.454 ml
1 - 0,45

2. Plasma

A. Définition


Le plasma est la phase liquide du sang. C’est une solution contenant de nombreux ions, des molécules organiques et inorganiques.

B. Composition et caractéristiques


Le plasma est un liquide jaune citrin composé de 91% d’eau. On y trouve 7 g de protéines pour 100 ml de plasam, représentant 7% en poids. Le reste est représenté par des ions et d’autres substances organiques que les protéines. Les concentrations en ces différentes substances sont maintenues constantes par différents mécanismes. Le pH est constant lui aussi chez l’homme sain. Il est de 7,35 à 7,45. Parmi les nombreuses substances contenues dans le plasme, on peut citer:

* Les constituants fonctionnels: ce sont ceux que l’on peut considérer comme appartenant en propre au plama sanguin et comme jouant un rôle dans les fonctions qui lui sont dévolues. Ce sont essentiellement des protéines.

a. Protéines de transport


- albumine (bilirubine, ac.gras, calcium, ac.urique, médicaments)
- préalbumine (thyroxine)
- TBG (Thyroxin Binding Globulin)
- alpha et béta-lipoprotéines (phospholipides, cholestérol, triglycérides)
- transcortine (cortisol et corticostérone)
- transferrine ou sidérophiline (Fe+++)
- haptoglobuline (hémoglobuline)
- hémopexine (hème)

b. Protéines de défense


- immunoglobulines (anticorps)
- protéine C-réactive (favorise la phagocytose des bactéries par les macrophages).

c. Facteurs de coagulation


- fibrinogène
- facteurs d’inhibition
- facteurs responsables de la fibrinolyse

d. Facteurs de l’inflammation


- système du complément.
- activateurs du système des kinines.

e. Enzymes


- pseudocholinestérase
- céruloplasmine (phénol oxydase)

f. Constituants nutritifs


- glucose
- acides aminés
- lipides
- corps cétoniques
- vitamines

g. Déchets du métabolisme


- urée
- acide urique
- bilirubine

h. Hormones


Les hormones sont des messages chimiques adressés par les glandes endocrines à leurs tissus cibles.

i. Constituants minéraux


Les constituants minéraux interviennent dans le maintien de la pression osmotique, du pouvoir tampon du sang, de l’excitabilité mambranaire des cellules. Ils sont, en outre, indispensables à l’activité de beaucoup d’enzymes.
Les concentrations en ions du plasma sont exprimées en mEq/l et sont résumées dans l’ionogramme. Celui-ci sert fréquemment de référence au diagnostic médical.

Cations

mEq/l

Anions

mEq/l

Na+

142

Cl-

103

K+

5

HCO3-

27

Ca++

5

HPO4—

2

Mg++

2

SO4—

1

Autres

1

autres

6


Certains autres minéraux sont présents en très petites quantités (Ca, Mn, ). Ce sont les oligo-éléments

j. Constituants inertes


N2

k. Constituants accidentels


- substances (enzymes) libérées au cours des lésions tissulaires
- médicaments

C. Pression osmotique et pression oncotique


a. Principe


Soit une membrane semi-perméable, laissant passer l’eau mais pas les ions et qui sépare deux solutions salines, l’une étant concentrée, l’autre diluée. L’eau passera de la solution diluée à travers la membrane vers la solution concentrée et le niveau montera de ce côté. C’est la pression osmotique qui attire l’eau du côté concentré.
Le mouvement s’arrêtra lorsque la pression hydrostatique qui a tendance à faire passer l’eau du compartiment au niveau le plus haut à travers la membrane vers le compartiment le plus bas égalera la pression osmotique qui s’exerce en sens inverse.

b. Pression osmotique du plasma


La pression osmotique du plasma dépend de tous les électrolytes, des molécules non dissociées et des protéines qu’il contient. C’est cette pression qui empêche la fuite de liquide à travers la paroi vasculaire. Les deux composantes les plus importantes sont les protéines et le sodium.

c. Pression oncotique


La pression oncotique ou pression osmotique colloïdale est
celle qui est due aux seules protéines.

d. Sérum physiologique


Lorsque le volume sanguin est trop faible chez un patient, on peut perfuser celui-ci avec du liquide de remplacement. Si ce liquide n’est pas du sang, il doit absolument être isotonique, c’est-à-dire avoir la même pression osmotique que le plasma. Celle-ci correspond à une solution saline contenant du NaCl à 9 g/l. Cette solution est appelée sérum physiologique.

D. Quelques protéines du plasma


a. Albumine


C’est une protéine synthétisée par le foie. Elle est la plus abondante du plasma et à ce titre est la principale responsable de la pression oncotique.
Elle transporte de très nombreuses substances telles que la bilirubine, les acides gras libres et la plupart des médicaments.

b. Fibrinogène


Présent dans le plasma, il est absent du sérum par suite de la formation du caillot de fibrine. Le fibrinogène intervient donc dans la coagulation à titre majeur. Il perd un fragment et se polymérise en un réseau de fibrine. Après formation du caillot, le plasma défibriné est appelé sérum.

c. Immunoglobulines ou anticorps


Les immunoglobulines sont des gamma globulines. Elles sont synthétisées par les cellules immunologiquement compétentes, les plasmocytes, qui les déversent ensuite dans le plasma.
Une molécule d’Ig est constituée de deux chaînes polypeptidiques légères L (light) d’un poids moléculaire de 20.000 et de deux chaînes
lourdes H (heavy), réunies entre elles par des ponts disulfures.
La nature des deux chaînes
lourdes
identiques qu’elle possède détermine la classe de l’Ig. L’ensemble a une forme en Y. L’extrémité N terminale se trouve vers les bras du Y. Cette partie de la molécule est variable et est responsable de la spécificité que possède chaque anticorps pour l’antigène auquel il correspond.
L’extrémité c-terminale est invariable.

E. Lipides plasmatiques


a. Nature


1. Triglycérides

Les triglycérides sont des esters triples d’acides gras et de glycérol. Bien que présents dans le sang, ils constituent avant tout une réserve énergétique. A ce titre, ils sont très abondants dans le tissu adipeux.
Leur concentration dans le sérum est de 125 à 180 mg/100 ml.

2. Cholestérol

Le cholestérol est un dérivé d’un noyau de base à 4 cycles, le stérane. Il est synthétisé en grande partie dans le foie et apporté en moindres quantités par une alimentation équilibrée. Il entre dans la composition des membranes cellulaires et sert de précurseur aux hormones stéroïdes. Sa concentration normale est d’environ 200 mg/100 ml.

3. Acides gras libres ou NEFA (non esterified fatty acids)

Leur concentration est relativement basse par rapport aux autres lipides. Ils proviennent de l’hydrolyse des triglycérides, de certaines lipoprotéines (les chylomicrons) et du tissu adipeux. Leur taux s’abaisse après un repas et s’élève en cas de jeûne.

4. Phospholipides

Des phospholipides existent également dans le plasma.

b. Les lipoprotéines


Insolubles dans le plasma, les lipides sanguins doivent être pris en charge par des complexes protéiques, les apoprotéines, donnant ainsi naissance à des macromolécules de forme sphérique : les lipoprotéines.
Les lipoprotéines sont réparties en plusieurs catégories selon leur densité et leur mobilité électrophorétique. On distingue les chylomicrons, les VLDL, les LDL et les HDL. Du cholestérol en proportions variables entre dans leur constitution.

3. LES ELEMENTS FIGURES


Les éléments figurés du sang sont de trois types. On distingue les érythrocytes ou globules rouges, les leucocytes ou globules blancs et les thrombocytes ou plaquettes sanguines. Lorsqu’on centrifuge du sang, le culot obtenu est essentiellement constitué de globules rouges. Au-dessus de cette couche érythrocytaire, on peut noter une fine couche de leucocytes et de plaquettes sanguines (buffy coat).

A. Globules rouges


a. Forme


Les globules rouges ou érythrocytes se présentent sous forme de petits disques biconcaves d’un diamètre de 7 à 8 microns. Contrairement à la plupart des cellules des mammifères, les érythrocytes n’ont pas de noyau.
La cellule est capable de se plier et de se tordre légèrement lors du passage dans les petits capillaires sanguins dont le diamètre peut être inférieur à celui du globule rouge lui-même : c’est la plasticité globulaire.

b. Nombre


Le nombre de globules rouges est de 4,5 à 6,5 millions par mm3 chez l’homme et de 3,9 à 5,6 millions par mm3 chez la femme adulte. Lorsque ce nombre est augmenté, on parle d’érythrocytose. On dit des érythrocytes qu’ils sont normochromes. Suivant les différentes situations pathologiques, certaines dimensions des globules rouges peuvent varier et on parle de microcytose ou de macrocytose. Lorsque la charge en hémoglobine est inférieure à la normale, on parle d’hypochromie. Lorsqu’il y a surcharge en hémoglobine, on parle d’hyperchromie.
Le nombre de globules rouges peut varier au cours de l’âge. Un nouveau-né a 6 à 7 millions de globules rouges par mm3; ce nombre diminue après la naissance et la valeur observée chez l’adulte est atteinte dès le 3ème mois.

c. Hémoglobine


Le constituant essentiel des globules rouges est l’hémoglobine, un pigment rouge responsable du transport de l’oxygène. L’hémoglobine est une protéine composée de 4 chaînes peptidiques (2 chaînes alpha et 2 chaînes bêta) auxquelles se trouvent attachés 4 atomes de fer, chacun étant situé au centre d’un complexe organique appelé hème. Le sang contient normalement 15 à 16 g d’hémoglobine par 100 ml. La propriété essentielle de l’hémoglobine est d’être capable d’attacher les molécules d’oxygène au niveau des atomes de fer. L’hémoglobine s’associe à l’oxygène pour former l’oxyhémoglobine dans les territoires où l’oxygène est abondant; à son tour, l’oxygène est libéré dans les régions où il fait défaut.
Les globules rouges du foetus contiennent un type différent d’hémoglobine, appelée hémoglobine, appelée hémoglobine foetale (a2 F2). Ce type d’hémoglobine disparaît graduellement après la naissance. Les globules rouges qui contiennent l’hémoglobine foetale sont capables de fixer de l’oxygène se trouvant à plus faible concentration que dans le cas de l’adulte. Ce phénomène est important pour la bonne oxygénation du foetus durant la période de gestation.

d. Formation


La formation des globules rouges ou érythropoïèse s’effectue essentiellement au niveau de la moelle osseuse.
Une érythropoïèse normale nécessite un certain nombre de substances de base. Citons d’abord les protéines : les acides aminés sont notamment nécessaires à la synthèse de la globine.
En cas de carence en protéines, l’organisme préserve une priorité de synthèse à l’hémoglobline par rapport aux autres synthèses requises par d’autres tissus.
Le fer est un autre élément indispensable à la synthèse de l’hémoglobine. L’alimentation normale nous fournit quotidiennement environ 12 à 15 mg de fer, la plus grosse partie n’étant cependant pas résorbée au niveau de l’intestin. Un adulte ne résorbe guère plus de 10 % du fer apporté par l’alimentation.
Le fer est transporté dans le plasma en liaison avec la transferrine. La concentration du fer dans le plasma est de l’ordre de 80-180 mg/100 ml.
Des réserves présentes sous forme de ferritine sont concentrées dans le foie, la rate et la moelle osseuse.
La vitamine B12 ou facteur extrinsèque est une cyanocobalamine. Pour être résorbée, la vitamine B12 requiert l’action d’un facteur intrinsèque, mucoprotéine secrétée par les glandes de l’estomac.
L’acide folique est largement distribué dans la nature.
La vitamine B6 ou pyridoxine et certains métaux sont encore nécessaires à de très faibles concentrations (cobalt, cuivre).
Différents facteurs peuvent influencer l’érythropoïèse, tels l’érythropoïétine, l’âge et le sexe, l’exercice physique, les facteurs émotionnels, les changements physiques de l’environnement et les facteurs endocriniens.
L’érythropoïétine est un polypeptide fabriqué au niveau du rein. Elle stimule l’érythropoïèse.

e. Destruction


La durée de vie moyenne des globules rouges est de 120 jours. Ils sont détruits dans la rate. Il semble que la globine soit d’abord séparée, puis le fer. Le pigment résiduel provenant de ce catabolisme de l’hémoglobine est la biliverdine, laquelle est rapidement convertie chez l’homme par réduction en bilirubine. Cette bilirubine est transportée dans le plasma, principalement en liaison avec de l’albumine et parvient au foie. Au niveau des cellules hépatiques, la plus grosse partie est conjuguée pour former un diglucuronate de bilirubine hydrosoluble et excrété par la bile. Dans l’intestin, la bilirubine est transformée en stercobilinogène et en stercobiline, pigment responsable de la coloration des selles.

B. Globules blancs


Les globules blancs ou leucocytes sont des cellules nucléées, capables de mouvements actifs (mouvements amiboïdes). Elles peuvent se déplacer à contre-courant, franchir la paroi des vaisseaux sanguins (diapédèse) et pénétrer dans les tissus.
Le nombre de globules blancs est d’environ 7.000 par mm3. On parle de leucopénie lorsqu’il y a une réduction du nombre des leucocytes et de leucocytose lorsque le nombre est augmenté.

a. Cellules mononucléées


Les lymphocytes sont les plus petits des leucocytes (8 à 10 microns de diamètre). Ils ont un large noyau occupant la presque totalité de la cellule. La plupart des lymphocytes sont formés au niveau de la moelle osseuse, mais ils peuvent aussi être élaborés au niveau du système lymphatique (ganglions lymphatiques, thymus et rate). Les lymphocytes interviennent dans les réactions immunologiques de l’organisme.

Les monocytes sont de grandes cellules. Leur noyau est réniforme. Les monocytes sont capables de se mouvoir ainsi que d’ingérer les bactéries et les particules de débris.

b. Polynucléaires ou granulocytes


Les polynucléaires neutrophiles, éosinophiles et basophiles possèdent des noyaux divisés en 2 ou 5 lobes, connectés entr’eux par un fin tractus de matériel nucléaire. Ils contiennent des granulations cytoplasmiques qui se colorent de manière différente selon le type. Les neutrophiles ont un noyau constitué de 3 à 5 lobes et leur cytoplasme contient des granules très petits se colorant en bleu ou gris. Les éosinophiles ont un noyau habituellement bilobé ainsi que de gros granules cytoplasmiques se colorant en rouge. Le noyau des leucocytes basophiles est habituellement masqué par les larges granules cytoplasmiques qui se colorent en bleu sombre.
Les granulocytes sont fabriqués au niveau de la moelle osseuse. Ils peuvent entrer et sortir plusieurs fois du compartiment vasculaire.
Les granulocytes usagés sont dégradés au niveau de la moelle osseuse, du foie, de la rate et des ganglions lymphatiques.
La fonction principale des globules blancs est de protéger l’organisme contre diverses agressions. Les leucocytes neutrophiles et les monocytes détruisent de manière préférentielle les bactéries en les ingérant. Ce processus est appelé phagocytose.

c. Formule leucocytaire


Neutrophiles : 40-75 %
Lymphocytes : 20-45 %
Monocytes : 2-10 %
Eosinophiles : 1-6 %
Basophiles : 0-1 %

C. Plaquettes sanguines


Les plaquettes sanguines sont de petites unités granuleuses de 2-4 m de diamètre. Il en existe environ 300.000 par mm3 dans le sang circulant. Elles trouvent leur origine dans la moelle osseuse et sont formées aux dépens de cellules géantes multinuclées, les mégacaryocytes. En se fragmentant, ces dernières donnent naissance aux plaquettes sanguines.
Les plaquettes sanguines contiennent de grandes quantités de sérotonine ainsi que d’autres substances comme l’adrénaline et l’histamine. Elles participent de manière importante à l’hémostase qui aboutit à l’arrêt des hémorragies.

4. HEMOSTASE


A. Définition


L’hémostase est l’ensemble des phénomènes physiologiques qui arrêtent l’hémorragie ou la manoeuvre chirurgicale qui produit le même résultat.

B. Physiologie


a. Phase vasculaire


La paroi vasculaire contient des fibres de collagène, qui est un activateur puissant des facteurs de coagulation et de l’adhésion plaquettaire.

Le muscle lisse des vaisseaux permet la vasoconstriction qui, dans les vaisseaux de petit calibre, aide au contrôle du saignement.

b. Phase plaquettaire


Lorsque la paroi vasculaire est lésée, elles adhèrent au site de la lésion endothéliale. Le stimulus majeur de cette adhésion semble être le contact avec le collagène de la paroi.
Une fois fixées, elles deviennent sphériques (action des protéines contractiles actine et myosine et sans doute de leurs nombreux microtubules).
Elles perdent ensuite leurs granules avec libération de nombreuses substances dont le facteur plaquettaire 4 et la sérotonine, ainsi que du calcium ionisé. Elles subissent finalement une agrégation secondaire ou métamorphose visqueuse.

c. Coagulation


1. Coagulation intrinsèque

Lorsque le sang est exposé à une surface chargée négativement (ex. verre ou collagène), on assiste à une cascade de réactions en chaîne.

- Activation en cascade des facteurs XII (Hageman) et XI (plasma thromboplastin antécédant).
- Le facteur XI activé aidé du facteur IV (Ca++) active le facteur IX ou plasma thromboplastin component ou Christmas factor.
- Le facteur IX a, en présence de facteur VIII (globuline anti-hémophile), deCa++ (fact. IV) et de phospholipides (sans doute facteur plaquettaire 3) active le facteur X (facteur Stuart).
- Le facteur X activé, en présence du facteur V (globuline accélératrice, proaccélérine ou facteur labile de Quick), de Ca++ et de phospholipides, transforme la prothrombine (facteur II) en thrombine.

2. Coagulation extrinsèque

Un facteur tissulaire est libéré par la lésion. Il s’agit d’un phospholipide lié aux membranes de toutes les cellules, probablement la thromboplastine.
La thromboplastine tissulaire, en présence du facteur VII (SPCA, sérum prothrombine conversion accelerator), de phospholipides et de Ca++, active le facteur X.
La voie suivie à partir de là est commune à la coagulation intrinsèque et à la coagulation extrinsèque.

3. Fibrinoformation

La thrombine sépare du fibrinogène un peptide, donnant ainsi la fibrine monomère. Celle-ci polymérise spontanément, donnant un réseau de fibrine.

d. Contrôle de la coagulation


Si le caillot n’obstrue pas totalement le vaisseau, le débit subsistant (surtout dans les artères) tend à éloigner les agrégats plaquettaires et à diluer les facteurs de coagulation activés.
- La thrombine peut être abaissée au niveau du caillot en formation par adsorption physique sur la fibrine. De plus,l’antithrombine III, en présence d’héparine provenant entre autre des polynucléaires, inhibe la thrombine.
- Le système de fibrinolyse est activé : le plasminogène, précurseur enzymatique normalement présent dans la circulation, est converti en plasmine par le facteur XIIa et le “plasminogen activator”, (présent sous forme de précurseur dans les cellules endothéliales).
- La rétraction du caillot amène un rétrécissement du caillot, ce qui facilite le rétablissement du flux.

e. Troubles de la coagulation et anticoagulants


- Fibrinogène et prothrombine sont des protéines synthétisées dans le foie. Lors de mauvais fonctionnements du foie, on peut s’attendre à des troubles de la coagulation.

- La vitamine K est nécessaire pour la synthèse de prothrombine. C’est une vitamine absorbée dans les intestins, l’absorption requiert la présence de sels biliaires qui servent d’émulsifiants. Lorsque les sels biliaires ne sont plus sécrétés (jaunisse par obstruction), il y a déficit en vitamine K.

- Le dicoumarol, un anti-vitamine K est utilisé comme anti-coagulant.

- Les agents complexant le Ca++ sont anticoagulants : citrate, oxalate; ils possèdent des groupements COO- qui fixent Ca++.

- L’héparine est un agent anti-thrombine. On s’en sert comme médicament.

5. GROUPES SANGUINS


Introduction


Antigène : toute substance qui, apparaissant dans un organisme qui ne la possède pas, provoque chez lui l’apparition d’un anticorps spécifique.

Anticorps : protéines sériques particulière ayant la propriété de se combiner spécifiquement aux antigènes contre lesquels elles sont dirigées.

Réaction antigène-anticorps : réaction de fixation spécifique des anticorps et des antigènes contre lesquels ils sont dirigés.

Immunité naturelle : présence naturelle dans l’organisme d’anticorps dirigés contre des antigènes qui n’y ont pas encore été introduits.

Immunité acquise : présence dans l’organisme d’anticorps apparus après l’introduction des antigènes contre lesquels ils sont dirigés.

Réponse immunitaire : production d’anticorps suite à l’introduction d’antigènes dans l’organisme.

- Elle est primaire lorsque l’antigène est introduit pour la première fois. Dans ce cas, elle ne se développe qu’après un temps de latence.

- Elle est secondaire si le contact avec le même antigène a déjà eu lieu auparavant. L’organisme est donc déjà sensibilisé à cet antigène. Les anticorps apparaissent dans le sang très rapidement en plus grandes quantités et se maintiennent plus longtemps.

Les groupes érythrocytaires

La surface des globules rouges présente des antigènes dont le type est génétiquement déterminé. Ces antigènes déterminent les groupes sanguins. Ceux-ci sont répartis en une quinzaine de systèmes dont les plus importants sont le système ABO et le système Rh.

A. Système ABO


Les antigènes de ce système sont appelés A et B. Ils déterminent chacun un groupe érythrocytaire. Le groupe AB possède les deux antigènes et le groupe O ne possède ni l’un ni l’autre.
Les anticorps dirigés contre les antigènes que l’individu ne possède pas existent naturellement chez celui-ci.

B. Règles de transfusion


Lors d’un contact entre un antigène et l’anticorps dirigé contre lui, il y aura agglutination et lyse massive des globules rouges du donneur. Le respect de la compatibilité doit être absolu car l’accident fait courir au sujet un risque mortel. On peut donc dresser le tableau suivant :

Groupe

Antigène

Anticorps

A qui donner

De qui recevoir

A

A

anti-B

A, AB

A, O

B

B

anti-A

B, AB

B, O

AB

A et B

-

AB

A, B, AB, O

O

-

anti A et anti B

A, B, AB, O

O


A la lecture du tableau, on voit que le sujet de groupe O peut donner du sang à chacun des autres groupes. C’est le donneur universel. Cependant, certains sujets du groupe O peuvent être dangereux en tant que donneurs car ils possèdent antigènes appartenant à d’autres systèmes (voir système Rh par exemple). De même, certains patients receveurs peuvent avopir développé des anticorps acquis. Il faut donc toujours effectuer les tests de compatibilité avant de pratiquer une transfusion. Dans les cas d’extrême urgence cependant, et si on est en dehors du milieu hospitalier, on doit se contenter d’une transfusion respectant les groupes.

C. Détermination du groupe ABO


Principe : détermination simultanée de l’agglutinogène (AC) globulaire et de l’agglutinine sérique.

1) Recherche de l’agglutinogène globulaire : globules rouges du sujet + sérum connu (méthode de Beth-Vincent).

2) Recherche de l’agglutinine sérique : sérum du sujet + globules rouges de groupe connu (méthode de Simonin).

Les résultats de la détermination du groupe ABO sont résumés au tableau suivant:

Les tubes 1 à 3 réalisent la recherche des antigènes portés par les globules rouges du sujet (BETH-VINCENT). Les tubes 4 à 5 sont une contre-épreuve (SIMONIN), qui consiste à rechercher les anticorps présents dans le plasma du sujet. Le tube 6 permet un contrôle dans les cas d’auto-agglutination.

D. Epreuves de compatibilité prétransfusionnelle (cross-match)


Ces épreuves permettent de vérifier la compatibilité ABO du receveur et du donneur, ainsi que de détecter d’éventuelles incompatibilités dues à d’autres types d’antigènes ou d’anticorps. On confronte le sérum du receveur avec les globules rouges du donneur (épreuve majeure) et les globules rouges du receveur avec le sérum du donneur (épreuve mineure).

E. Système Rh


Le système Rh, anciennement appelé système Rhésus, se superpose au système ABO. 85 % des sujets de race blanche sont porteurs d’un autre antigène, appelé D. Ces sujets sont dits Rh positifs (Rh+), car l’antigène fut d’abord découvert chez le singe Macacus Rhésus. Les sujets ne possédant pas cet antigène sont dits (Rh-) ou d. A côté de cette substance, il en existe deux autres, C et E, qui présentent chacune une variante c et e. La présence de ces substances ou de leur variante est déterminée génétiquement. Mais dans la paire de chromosomes responsables de ces substances, chaque chromosome peut s’exprimer indépendamment. Un individu peut donc être porteur de C et c en même temps. Il est hétérozygote pour C parce que ses deux chromosomes portent un code différent pour cette substance.
Le sujet porteur de CC est homozygote car ses deux chromosomes responsables portent le même message. Il en est de même pour l’antigène
E. Les anticorps anti-Rh sont acquis, soit lors de transfusions, soit lors de grossesse. Tous les sujets porteurs de D sont, par définition, Rh(+). Les combinaisons non-porteuses de D, mais contenant C et/ou E sont à considérer comme receveurs Rh(-). En effet, si on leur donnait du sang Rh(+), c’est-à-dire D, ils pourraient s’immuniser contre l’antigène D. Cependant, ces mêmes sujets doivent être considérés comme donneurs Rh(+) car, injecté à un sujet Rh(-), donc c d e, leur sang pourrait induire la formation d’anti-C ou anti-E.

F. Iso-immunisation rh


Lorsqu’une mère Rh(-) porte son premier enfant Rh(+); des globules rouges foetaux passent la barrière placentaire comme dans toute grossesse normale. A l’accouchement, le décollement du placenta accentue ce passage et la mère peut produire une réponse primaire contre les antigènes Rh(+) introduite ainsi dans sa circulation.
Lors d’une grossesse ultérieure avec un autre enfant Rh(+), la mère produira une réponse secondaire. Certains des anticorps produits peuvent passer la barrière placentaire et être nocifs pour le foetus. En réalité, seulement 10 % des femmes Rh(-) portant un enfant Rh(+) se sensibilisent. Cependant, une transfusion ne tenant pas compte des groupes rhésus pourrait sensibiliser la mère Rh(-). Dans ce cas, elle pourrait avoir une réponse secondaire dès sa première grossesse avec enfant Rh(+).